mardi, 13 mars 2007
Lettre de condamné
Barcelone, prison La Modelo, janvier 1937.
Querida,
Si tu lis cette lettre, c’est que Tu sais ce qui nous sépare !
Ce qui nous sépare c’ est un peu ce qui nous à réuni, et qui continue de nous réunir.
Querida tu m’as tant donné.
Et sans jamais de calcul.
On en est bien incapable, hardis aux élans et aveugles aux répercutions.
A cet instant, au pied du gibet, je te pense doucement, et tu me scintille les yeux.
Si concéder c’est se rendre ; si rien ne se conquiers que ce que l’on arrache, l’on meurt de n’avoir jamais cesser. L’on meurt ici, comme l’on a vécu partout : tout entier.
Comme tout entières sont les passions vraies
Pour autant, sans le sous et l’estomac creux ; nos cœurs sont plein.
Ils débordent même, de chaque instants volés.
Nos passions ont fini de nous dérober aux absurdes, aux néants.
Alors nous vécûmes comme nous mourront : pirates ou brigands.
Eux, portent les coups.
Ils assènent leurs morts, de n’avoir pu contrire nos vies.
Alors nous vécûmes comme nous mourront : pirates et vivants
Eux, jugent et procèdent.
Ils condamnent, torturent et exécutent
Cette fois j’en ai fini…
Je te quitte maintenant, imprescriptible, pour te rejoindre par contumace.
A chacun des espaces, des interstices conquis, sous leurs brutalités, dans leur médiocre, leur vain, nous avons posés nos existences libres. Inaliénables.
Concéder c’est se rendre disais-tu. Je leur concède ma mort pour leur rendre gorge !
N’aie jamais mon amour que des larmes de rires. Soit sans peine soit sans regrets. Nos existences furent comme nos mélodies : impromptues et insaisissables
Même dans nos morts nous leur échapperont.
Existons tant que l’on peut, existons passionnément. Les calculs sont les froids coassements de ces vivants cadavres et leurs cortèges funestes leurs errements crasses.
Ils sont cernés de leur peurs et violent leurs lâchetés.
Mon amour.
Nos confins sont abolis.
Mon amour.
Je t’aime à jamais
Mon amour,… sur le point de commencer mon plus long rêve de toi :
Je ne te souhaite rien, pour que tu conquiers tout!
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